Sur "démocratie" (Part II)

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Sur "démocratie" (Part II)

Message  E.Barot - Admin le Mar 11 Déc - 1:32

III. Elitisme et démagogie


i. L’argument fallacieux et les présupposés du discours de la « compétence »
Les justifications du procédé représentatif sont variées : le petit peuple n’a pas envie de gouverner, il veut regarder TF1 et profiter dans son coin du morceau de propriété privée qui est le sien – et s’il en avait envie, il n’est pas compétent. Cette question de la compétence est au cœur du tour de force rhétorique qui consiste à présenter les oligarchies et bureaucraties en place comme des élites justifiées à être là où elles sont. La justification de l’élitisme représentatif, du philosophe-Roi de Platon à l’expert en gestion-gouvernance, repose sur une idée qui semble relever du bon sens : cette idée est celle selon laquelle c’est le plus compétent pour une chose qui est le mieux placé pour en traiter, en parler, ou exercer une fonction à son sujet. Il n’y a certes rien de gênant, évidemment, à reconnaître que certains savent et d’autres pas sur tel ou tel sujet : le fait de cette division est indéniable, et n’est pas le problème. Et d’ailleurs l’instance de l’expertise est aussi celle d’une vigilance attentive aux abus de pouvoirs qui peuvent proliférer sur le mensonge.
Mais la justification de cet élitisme repose sur des présupposés socio-politiques qui, après explicitation, montrent que l’argument de « bon sens » est tout sauf neutre. (1) « Compétence » pour quoi ? La division et la hiérarchie des savoirs et des « compétences » reposent toujours sur des échelles de valeurs et d’intérêts : avant de parler de compétence, il faut parler des finalités à l’aune desquelles on les établit : avec et au-delà de la LRU, par exemple, c’est bien la question des finalités qui est en jeu, et c’est bien cela que beaucoup refusent d’entendre. Bref, il n’y a pas de compétence « en soi », cette division est tout sauf une évidence. (2) Le caractère réactionnaire ou élitiste d’une division tient non pas au fait, contingent, de cette division, mais au fait qu’on la présente comme une division de droit alors qu’elle est le simple produit d’une histoire sociale. Insister sur la contingence de cette division, c’est donc dire que : 1) certes il y en a qui en savent plus que d'autres sur certaines choses, mais que non ce ne sont pas toujours les mêmes, 2) non ce n'est pas réservé à une élite qui serait élite par soi ; 3) et surtout, ça peut changer, ne serait-ce que parce qu’une compétence, donc, ne se détermine comme telle qu’en fonction d’une finalité qui est justement en question, et qu’étant reconnu que telle finalité exige telle compétence, celle-ci peut s’apprendre a priori par n’importe qui.

ii. L’écueil démagogique et la fiction du « Sujet collectif » transparent à soi
La substance de la démocratie directe, c’est le refus de l’élitisme, qui passe par la contestation des fausses évidences avec lesquelles on le justifie, et par la contestation des structures sociologiques qui figent cette division entre les experts et les ignorants. Marx l’avait très clairement dit dans sa Critique du droit politique hégélien de 1843 : la question de la démocratie, c’est la question de la politique tout court. La démocratie est en ce sens « l’énigme résolue de toutes les constitutions », c’est leur « essence », cachée, voilée, distordue, etc., puisque toute constitution est une façon d’organiser et de légaliser cette séparation du peuple de l’exercice réel du pouvoir politique, alors capté par une élite ou une bureaucratie donnée. Toute lutte démocratique a pour cible cette séparation. Elle a donc aussi immédiatement pour cible le mépris par lequel l’élite va jusqu’à nier les « ignorants », mépris par lequel aussi, concrètement et pour l’exemple, un professeur est capable de nier, de renier, ceux qui font le sens de ses « compétences », parce qu’il est mis en question dans son confort petit-bourgeois : les étudiants.
Mais récuser cet élitisme, ce qui est un des sens de la démocratie, ne suffit pas. La difficulté de la pratique directe de la démocratie est réelle, puisqu’elle semble impliquer, pour être conforme à son concept, une stricte égalité dans les capacités concrètes d’usage de la liberté d’opinion et d’expression de ceux qui sont rassemblés, qui semble seule garante d’une rationalité collective effective. Or cette assemblée, tout comme une action collective, ne saurait être vue comme un « Sujet collectif » qui serait comme un hyperorganisme transparent à soi, fonctionnant comme un seul homme à partir de relations inter-individuelles plus ou moins dispersées. Le collectif démocratique ne saurait être substantiel : il restera toujours un mouvement, une opération, une tension. La fiction du « peuple » homogène est la même fiction que celle d’un action collective parfaitement unitaire, en ce qu’ils ne sont que le processus de cette réalisation. Cela reste le nœud critique du problème de l’organisation politique, puisqu’elle se heurte à cette irréductibilité mutuelle du collectif à l’individuel, à leur excès mutuel, et donc à leur insolubilité foncière dans ce qui constitue pourtant un pré-requis stratégique : l’unité dans les luttes. Cette unité ne saurait être « substantielle » si elle veut éviter d’être sa propre auto-négation comme par le passé : ni dominée par une avant-garde, ni pure auto-création tendant à sa propre dispersion, cette unité ne pourra être qu’opérationnelle.
Rappeler que le bien commun se construit collectivement et à égalité, c’est aussi faire en sorte que cette égalité advienne progressivement, c’est donc aussi rappeler que les transformations individuelles et les nouvelles relations qu’elles impliquent prennent du temps, et que jamais cela ne se produit sans tensions et sans difficultés. Autrement dit, si prôner le « débat libre et contradictoire » dans une pièce, pendant que le pouvoir réel s’exerce à côté, est tout à fait mystificateur, appeler à la « démocratie directe » sans plus n’est pas sans poser question : si cette invocation est vœu pieux, elle peut tendre à voiler les difficultés d’un collectif à se constituer conformément à ce qu’elle exige, et donc tendre à son excès, la démagogie, qui est par définition propice au retour du refoulé élitiste, comme les Grecs l’avaient déjà fort bien vu.

iii. L’impossible neutralité
Reste que dans le contexte comme celui d’une université en grève il y a un choix à faire : quitte à contester la transparence d’une Assemblée Générale, alors il faut insister encore plus sur la mauvaise foi de l’isoloir. Il est certes avéré que les actions minoritaires, violentes ou non, ne valent pas les actions collectives d’ampleur qui sont évidemment dans le principe celles par lesquelles la lutte démocratique s’accomplira avec le plus de sens et d’efficace. Mais on n’oubliera pas qu’elles sont un processus toujours en cours, et jamais un donné. Elles sont construction de convergences tactiques et stratégiques : jamais les luttes sociales ne commencent par elles. Mais la nature minoritaire d’une contestation ne fait pas qu’elle a tort : mais c’est bien ce qui fait qu’elle doit parfois passer par des biais non consensuels (le blocage et l’occupation en constituant une forme parmi tant d’autres) : raison pour laquelle, elle est bien sûr à des degrés divers, du plus modéré au plus réactionnaires stigmatisée (corporatiste, vouée à l’échec, etc.), criminalisée (indûment « violente » et « anti-démocratique ») et culpabilisée – puisque les usagers sont pris « en otage », etc.
Rappelons qu’une grève est là pour perturber en profondeur un ordre établi, et s’accompagne nécessairement des modes d’action utiles (dont la détermination est toujours affaire de contexte) à sa finalité : et rappeler à ceux d’en haut que ceux d’en bas ne sont pas dupes, et n’ont pas d’autres moyens. Condamner une grève pour cette « violence », c’est la condamner par essence. L’ampleur du révisionnisme d’aujourd’hui qui soude et généralise de plus en plus explicitement le paradigme idéologique dont on parle au début, se traduit bien par l’énoncé selon lequel le gréviste est un terroriste, khmer rouge ou apprenti-dictateur. Mais ne nous étonnons pas : quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage… Marx là encore avait formulé de façon limpide la situation dans La guerre civile en France (1871) :

« Le bourgeois de nos jours se considère comme le successeur légitime du baron de jadis, pour lequel toute arme dans sa propre main était juste contre le plébéien, alors qu’aux mains du plébéien la moindre arme constituait par elle-même un crime »

Certes la démocratie directe dans les périodes de lutte et de crise est loin d’être transparente, certes une lutte ne fait pas concrètement disparaître les travers des relations humaines, certes ceux qui n’ont rien demandé subissent : mais qu’ils ne se trompent pas de cible, et ne confondent pas l’agresseur et l’agressé. Une assemblée générale, aussi cacophonique soit-elle, ces rencontres, ces luttes redonnent toujours du moins l’habitude du rassemblement, l’habitude de se dire que les problèmes se règleront ensemble, et à défaut de produire l’unanimité effective, elle en rappellent au moins la possibilité.

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Message  gramophone le Lun 18 Mai - 18:29

(Extrait… parce qu'il y a des votes en blanc, des votes nuls et de l'abstentionnisme mais encore…)

PRESENTATION ou Petite biographie: gramophone né à PALMIRA en Colombie (320 000 habitants) 5 années d'école primaire (centre scolaire MANUEL QUINTERO PENILLA à Cartago Colombie139 000 h.) baccalauréat technique industriel en Métallurgie (Institut Technique Industriel INDALECIO PENILLA à Cartago Colombie) Licence "interrompue" en Pédagogie et Communication (UTP Pereira Colombie 576 000 habitants) résident en France depuis 1988 (naturalisé).

Lettre ouverte aux électeurs et au reste des abstentionnistes disposant d'accès internet et visiteurs et membres du forum…

Intime conviction

Je crois fermement à la démocratie!

Le problème n'est pas dans l'absence de démocratie: le problème prend sa base dans la manipulation du vote citoyen par un cercle fermé. (Les eternels partis et leurs passions pour le pouvoir et la manipulation)

Preuve en est!

Les travailleurs de la santé font grève
Les travailleurs pénitenciers font grève
Les travailleurs et les étudiants dans l'éducation supérieure font grève.

La source du problème est unique! Identifié, la solution reste l'unité des classes populaires, des chômeurs, des ouvriers avec un seul but…

Les centrales syndicales et les médias font tout pour isoler les phénomènes.

Moi-même syndiqué, je vie avec extrême peine et amertume, la sensation d'individualisme, des citoyens lambda, des quidams, individualisme induit par la société a travers les programmes de l'éducation, les médias, et le culte du capitalisme

La société traverse des bouleversements terribles, la loi HADOPI, la politique en général de concentration des services dans des grandes villes, dans une course folle à la rentabilité.

Moi en tant que citoyen, en tant qu'électeur, je dis ALT! BASTA!

Oui ça c'est de la colère, la COLERE, mais aillant lu "Le discours de la servitude volontaire" je suis à 200% avec monsieur de la Boétie.

Puisque nous sommes là, et je suppose que vous mes très chers lectrices et lecteurs, vous avait comme moi lu, ainsi soit un minimum de littérature historique, littérature politique, économique, la liste des éminentes hommes aillant embrasé une idéologie altruiste, qui sort d'ailleurs de l'acrimonie destructive qui cherche l'actuel gouvernement.

La haine des financiers contre le service public.

Car si vous vous élongé de la démocratie, vous allez franchir la barrière de la misanthropie, au-delà laquelle se trouve la politique de la rentabilité, des finances qui débouchent par la destruction du service publique.

Si nous regardons en détail, la course au profit, et contraire à la notion même de service public; dans une ville de moins de 5000 habitants ne dois pas avoir de service postal, ne dois pas avoir d'accès haut débit Internet, ne dois pas avoir de service de santé de qualité. C'est l'idée de l'actuel gouvernement, une maternité dans une ville de 10 mille habitants, n'est "financièrement" envisageable.

La voie de la légitimité usurpée.

C'est la mentalité des nouveaux politiques! Mais votre opinion, vous les contribuables, d'une certaine façon, vous payez des impôts, que dire nous votons et payons des impôts, pour faire le bonheur d'une infime minorité, que par voie de prosélytisme arrachent aux béotiens comme vous et moi le suffrage qui rend légitimes leurs actions.

Pour qui voter?

Il est vraie que les partis hégémoniques, sont les mêmes, mais il est vraie que le peuple les aurait donné la légitimité. Inutile de chercher le coupable…

Ce n'est pas la "politocratie"(mot erroné) minoritaire qui commet l'erreur en substance mais nous monsieur dames!

Nous les électeurs qui par méconnaissance des institutions, de la constitution et des lois, avons toujours cru que des bourgeois, pourraient adopter des lois favorables au peuple.

Bas les masques!

Oui! Par la suite nous avons la tendance à critiquer le gouvernement! Par la suite, mais lors des commisses électoraux, l'abstention, le vote en blanc et le vote nul ne sont que les meilleurs manières d'ouvrir grandes les portes à une insignifiante minorité qui s'évertue à prôner ou prêcher, qu'ils feront que des bonnes choses!

Révolution!

Puisqu'il y Internet, (vitesse, interactivité) pour quoi les internautes ne cherchent des leaders et des règles pour des candidatures, et des programmes construits sur la base DEMOCRATIQUE c'est-à-dire des personnes "révocables" pour représenter non pas un parti mais des programmes construits sur la base du vote; peut-être (vote physique) ou avec la participation bénévole des spécialistes en sécurité, réseau et informatique, un vote qui exclurai toute personne ne satisfaisant par certaines conditions.

Chaque individu est libre d'exposer un but, qui est soumis au vote et en final la règle voudrait que le candidat élu, impose non pas sa volonté mais une sélection des points ayant recueilli le maximum de votes, idem pour le budget, la défense, la santé, l'éducation, la protection sociale, etc.

Mais nous pouvons aussi, continuer à exposer nos idées, nos humeurs dans des blogs et autres assimiles, exposer notre colère dans les discussions d'amis dans le petit coin du quartier ou du bistro, et même à pestiférer du gouvernement; sans doute! Mais sans rien changer de tout au problème de fond, dans la course au pouvoir, de toutes manières ce sont ceux qui s'organisent le mieux qui gagnent… (C'est-à-dire les mêmes) a bon entendeur, salut.

Divise pour vaincre…

Pour compléter le tableau, l'ensemble des partis de gauche jeu, le jeu du pouvoir en place; c'est-à-dire, tout pour la division; donc le pouvoir en place à su prendre quelques électrons libres, les médiats font étale des différences d'opinion, et l'ensemble de béotiens, quidams comme moi, font l'écho. Les différents clivages, partis et opinions de gauche, ouvrent de la sorte la porte grande à une droite qui risque en définitive de gagner.

Responsable, l'égoïsme des leaders de gauche, l'ignorance de l'ensemble, résultat…
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Isabel Allende

Message  gramophone le Ven 29 Jan - 14:18

Exclusif pour personnes avec passion, en particulière pour les femmes, personnes sans sentiments et sans cœur veuillez s'abstenir

http://www.ted.com/index.php/talks/lang/fre_fr/isabel_allende_tells_tales_of_passion.html
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